CAMPUS MEETING JAZZ – EMISSION N°3 2017-2018 « AUTOUR DE L’ALBUM KIND OF BLUE DE MILES DAVIS » – 18 SEPTEMBRE 2017

Kind of Blue enregistrementKind of Blue pochette Personnel et Pochette de Kind of Blue


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Le personnel.
Le sextet : Miles, trompette John Coltrane, saxophone ténor Julian Cannonball Adderley, saxophone alto Bill Evans & Wynton Kelly au piano Paul Chambers, contrebasse Jimmy Cobb, batterie.

L’album est composé comme une « série d’esquisses modales » dans lesquelles chaque musicien a reçu un ensemble de gammes qui indiquent les principales caractéristiques de l’improvisation et du style. C’est un retour à la mélodie contrairement à la progression d’accords continue sur 32 mesures puis répétée, certes avec des variations, de la part des musiciens mais, répétée tout de même, du style bebop cher à Charlie Parker et de Dizzy Gillespie.

Ce lundi 2 mars 1959, le Studio Columbia de la 30ème Rue de New York, est réservé pour deux séances consécutives de 14 heures 30 à 17 heures 30, de 19 heures à 22heures. Le studio était vide depuis que le dimanche 1er mars après-midi, Mitch Miller y avait supervisé une séance du chanteur Jerry Vale. Ce jour-là donc le producteur Irving Townsend, l’heureux producteur de Lady in Satin de Billie Holiday, attend les musiciens à 14 heures, en compagnie de Fred Plaut, l’un des meilleurs ingénieurs du son de la firme Columbia et du technicien Bob Waller. Faire entrer Miles en studio implique généralement une avance financière sur son contrat annuel signé avec Columbia. La séance de Kind of Blue ne fait pas exception à la règle. Columbia exige à l’époque dans ses contrats avec les artistes, deux albums par an. Miles demande 15 000 $ en avance pour l’album… il obtient 10 000 $. Quant aux accompagnateurs de Miles, ils sont payés à l’époque au tarif syndical pour une séance de trois heures, soit en 1959 : 48,50 $. Miles réclama avec l’aide d’Irving Townsend 100 $ supplémentaires pour les « anciens » du groupe comme Chambers, Coltrane et Adderley.

Les notes de la pochette de l’album indiquent : « Miles a conçu ces arrangements quelques heures seulement avant les séances. Kind of Blue est toujours considéré par beaucoup comme un disque totalement improvisé et entièrement composé par Miles. Ce n’est pas si sûr… D’abord, les cinq morceaux sont-ils vraiment nouveaux ? Jimmy Cobb a affirmé que So What avait été joué précédemment à l’enregistrement sur scène, Miles a admis lui-même que All Blues était un morceau de scène remanié par Bill Evans pour la séance en « 3/4» car il était en « 4/4 » au départ. Quant à la création des morceaux qui seraient tous de Miles Davis, Bill Evans a affirmé être l’auteur de Blue in Green avec Miles. Quand le même Evans demanda plus tard à Miles de partager les importantes royalties générées par l’album, Miles lui fit un chèque de… 25 dollars. Jimmy Cobb, le batteur de l’orchestre, dira plus tard… « Les idées et la musique venaient de Bill Evans »

Miles donnera à la dernière minute des instructions aux musiciens comme : « là, le temps tout droit », « là, c’est en trois », « couleur latine », « comme tu le sens ».

Dans la cabine de son, Bob Waller a placé une bobine de bande magnétique Scotch 190 en acétate robuste d’un millimètre d’épaisseur dans chacun des deux magnétophones Ampex pour ce projet Columbia qui porte le numéro « 43079 » sur la boîte en carton Scotch de la bande magnétique. Deux bobines pour enregistrer simultanément le master et une bande de secours. Seulement trois bandes seront nécessaires en tout : une pour le master et deux bandes de secours correspondant aux deux séances d’enregistrement. Ce qui était rare à l’époque, car Miles notamment avait l’habitude, comme d’ailleurs Duke Ellington, d’utiliser des « kilomètres de bandes » car les magnétos tournaient en permanence.

Une écoute attentive du master révèle que Plaut avait attribué un micro Telefunken U-49 très fiable pour l’époque à chaque musicien mais deux pour la batterie de Jimmy Cobb car l’un était orienté vers la caisse claire, l’autre placé au-dessus du batteur pour capter les cymbales. Sept micros seront donc utilisés au total, puis mixés à travers la console de la cabine jusqu’aux trois pistes (alors à la pointe du progrès) et avec une petite quantité « d’écho » ajoutée au mix général. Ce qui fera hurler les puristes et le producteur de jazz John Hammond.

Les enregistrements du 2 mars 1959 de 14 heures 30 à 17 heures 30 et de 19 heures à 22 heures

Le premier morceau enregistré est « Freddie Freeloader » ou « Freddie le parasite » du nom d’un barman de Philadelphie, Fred Tolbert, ami de Miles (morceau en position 2 sur le disque). Wynton Kelly est au piano. C’est un blues en douze mesures. C’est le moins mélancolique des morceaux de l’album.

« So What », le morceau le plus connu de Kind of Blue, est une figure simple basée sur 16 mesures d’une gamme, 8 d’une autre et 8 encore de la première succédant à une introduction de piano et de contrebasse sur un tempo libre. Un morceau avec un magnifique thème d’ouverture après un prélude rêveur. Mélodie identifiable, accrocheuse avec une ligne lyrique quasi funky.

« Blue in Green ». Une structure circulaire de dix mesures précédée par une introduction de 4 mesures. C’est la paisible miniature d’un album composé de méditations plus longues, cinq suaves minutes et demie de somptueux solos sur une boucle d’accords !

Les enregistrements du 22 avril 1959 de 14 heures 30 à 17 heures 30

« Flamenco Sketches ». C’est une succession de cinq gammes, chacune d’entre elles pouvant être explorée aussi longtemps que le soliste le désire. C’est la composition la plus parfaitement modale de Kind of Blue. Elle contient une diversité d’influences : classique, impressionniste, exotique à l’intérieur d’un thème obsédant.

« All Blues ». C’est un blues de douze mesures en 6/8 dont la couleur provient de quelques rares variations modales et de la conception mélodique libre de Miles Davis. Entièrement composé par Miles Davis, il comprend plusieurs éléments : du riff joué avec insistance par Chambers tout le long du morceau puis l’accélération par le groupe avec un léger groove latin avec un son à la Ray Charles et joué en 4/4. On croit presque entendre « The Twist » de Ray.

Les notes ci-dessus proviennent en grande partie de la pochette du disque.

La semaine prochaine… »Neo Bop ou Hard Bop ? Avec Lee Morgan et Art Blakey pour tenter de répondre à cette question »

Bonne semaine

Jean Claude

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